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Le premier ministre Chinois, Wen Jiabao vient de déclarer ici sa victoire dans sa lutte contre l’inflation. Celle-ci, compte tenu de la baisse des prix des matières premières depuis quelques mois, a probablement atteint un plafond à court terme. Notons aussi qu’il est plus facile de limiter l’inflation dans un pays comme la Chine, avec ses contrôles administratifs sur les prix et les amendes imposées pour les excès. Il sera impossible cependant de faire baisser l’inflation cette année en bas du taux cible de 4% que s’est donné le gouvernement chinois.

L’inflation ne représente qu’un des problèmes économiques de la Chine. S’il est vrai que la tendance séculaire de croissance reste très positive pour la Chine à long terme, des déséquilibres dans l’économie menacent de freiner prochainement sa croissance pour plusieurs années .

D’abord, regardons l’évolution des taux de croissance en Chine et dans l’ensemble des pays émergents: (Vous pouvez cliquer sur le graphique pour le voir plus clairement).

La croissance de la Chine est en bleu et celle des pays émergents en orange.  

 
On peut faire quelques observations:
 

1- La Chine croît plus rapidement que les autres pays émergents depuis les années 1980, avec plus de volatilité dans ses taux de croissance.

2- La crise de 2008 a affecté de façon importante la croissance cette année-là dans les pays émergents mais très peu en Chine

3- Depuis 2008, la croissance en Chine tourne autour de 9-10% par année et la volatilité de sa croissance a diminué. Comment est-ce possible dans l’environnement mondial actuel?

Regardons d’un peu plus près les composantes de l’économie en Chine:

Source: Comptes Nationaux Chine

Depuis l’an 2000, la part d’investissements dans le PIB a monté de 35% à presque 50%, tandis que la consommation a connu une évolution inverse, passant de 48% à 35% du PIB. Les exportations nettes, quant à elles, ont diminué de 7.5% du PIB à 3.1% en 2010.

Pour arriver à un taux de croissance stable au moment où les exportations chutaient après 2008, le gouvernement a misé sur une hausse des investissements en ouvrant les valves du crédit et ajoutant des projets d’infrastructures, ce qui a permis aux investissements de compenser pour la baisse des exportations. Le contrecoup est que la masse monétaire a fortement augmenté en 2009 et la Chine s’est retrouvé avec un problème d’inflation en 2011.
 

La stabilité de la croissance désirée par le gouvernement en Chine depuis 2008 s’est donc produit grâce à une augmentation de la part d’investissements à presque 50% du PIB. Le problème est que ce taux est totalement insoutenable à long terme. En effet, la part des investissements est beaucoup plus élevée que tous les autres pays émergents, ce qui génère deux difficultés:

1- Comment trouver des opportunités d’investissements profitables lorsqu’on réinvestit la moitié de ses revenus chaque année? Il est sûr que beaucoup de ces investissements sont des subventions gouvernementales déguisées qui ne nécessitent pas un rendement élevé, mais au prix d’un gaspillage de ressources et de croissance dans le futur.

2- De plus en plus de ces investissements sont survenus dans le secteur de l’immobilier, qui a fait l’objet d’une très forte spéculation. Des mesures administratives ont été prises pour réduire celle-ci mais lorsqu’un épargnant gagne un taux d’intérêt réel (après l’inflation) négatif en banque, il doit bien investir ses épargnes quelque part, ce qui stimule les bulles immobilières.

Selon plusieurs observateurs dont le Fonds monétaire international, les taux de croissance du crédit et la part d’investissements dans l’économie sont près des niveaux précurseurs d’excès qui mènent à des bulles. Sous une apparence de stabilité dans ses taux de croissance économique, la Chine est en train de créer des déséquilibres qui vont mener à une surcapacité de production et à un crash dans l’immobilier. L’éclatement de la bulle d’investissement aura des effets sur l’ensemble de l’économie en affectant aussi la consommation. Le pays n’est pas à l’abri d’un scénario à la japonaise d’éclatement de bulle immobilière suivie de déflation. La loi de la gravité existe aussi en Chine.

C’est pourquoi, le gouvernement s’est donné comme priorité non seulement de mater l’inflation mais aussi de faire augmenter la consommation de façon structurelle pour compenser la baisse à venir de la part des investissements dans l’économie. À cette fin, il tente de créer un filet social pour sécuriser les Chinois, ce qui les inciteraient à moins épargner et à consommer davantage. Ces politiques demeurent toutefois insuffisants pour l’instant. De plus, comme la consommation ne représente que 35% du PIB, contre 50% pour la part d’investissements, le taux de croissance de la consommation doit être très élevé, car on part d’une base  faible.

Or, s’il est très facile pour le gouvernement chinois d’ajuster le montant d’investissements dans l’économie, il ne contrôle pas le niveau de consommation de ses citoyens. Ce qui m’amène au dernier point, et non le moindre: En comptant davantage sur les consommateurs pour générer la croissance économique, on augmente par le fait même le pouvoir des citoyens dans l’économie. Le gouvernement communiste chinois est-il prêt à le leur donner?