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La Federal Reserve vient de compléter son programme d’achat de 600 milliards de dollars d’obligations du gouvernement américain, programme appelé QE2. Cette démarche d’impression d’argent neuf – car il s’agit bien de cela – avait suscité certaines craintes inflationnistes. Il est encore beaucoup trop tôt pour tirer des conclusions car l’effet à long terme sur l’inflation est encore à déterminer. Pour l’instant, certains indicateurs avancés nous disent que l’inflation aux États-Unis ne s’emballera pas. Pourquoi? Le graphique ci-dessous provenant de la Fed nous montre ce qu’ont fait les banques avec le nouvel argent:

Les actifs, représentés par la ligne orange, nous indiquent les achats d’obligations de la Fed, tandis que les éléments du passif, en vert, représentent l’argent que les banques ont déposé à la Fed. On constate donc que les banques n’ont pas pris cet argent nouvellement imprimé pour le prêter; elles ont plutôt préféré déposer ces fonds de façon non-productive, en les plaçant dans les voûtes de la Fed. Les achats d’obligations ont alors eu très peu d’effet sur les prêts des banques auprès des ménages et des entreprises. De plus la Fed nous rapporte que la masse monétaire, définie par M2, a quant à elle augmenté de 5 % depuis un an, ce qui n’est pas loin de la croissance économique ajoutée au taux d’inflation.

QE2 n’a pas eu d’effet immédiat sur l’activité bancaire américaine, car nous sommes encore d’une certaine façon dans une  « trappe de liquidités ». La confiance en l’économie, cet animal spirit de Keynes, n’est pas encore totalement revenue, même si  le crédit à la consommation commence à montrer certains signes de vie.

Conclusion : la Fed a imprimé de l’argent en achetant des obligations du trésor, mais l’effet n’a pas été inflationniste jusqu’ici. Par contre, ces sommes immenses sont disponibles sur demande si les banques désirent les prêter. Il s’agit donc de fonds qui représentent un grand potentiel inflationniste, si jamais la confiance revient dans l’économie. Cela soulève une question : ce potentiel d’inflation a-t-il miné la crédibilité de la Fed?

Regardons du côté des attentes inflationnistes. Le graphique ci-dessous est tiré du site de la Fed de Cleveland. Les définitions exactes des attentes inflationnistes à long terme sont ici:

On voit donc que les attentes inflationnistes sont demeurées plutôt stables depuis la crise de 2008, et la Fed ne semble pas avoir perdu de sa crédibilité.

Mais le programme QE2 a-t-il atteint son but de raviver l’économie américaine? La croissance de l’emploi, l’un des deux objectifs de la Fed, se fait encore attendre. L’effet positif de ce programme sur la confiance, aidée par la montée du prix des actifs financiers, a été en partie compensé par la hausse du prix du pétrole.

Cependant, il y a une variable affectée par le programme QE2 qui a certainement aidé la croissance économique : la baisse du dollar américain, lequel s’est déprécié de près de 8 % depuis septembre 2010, alors que la Fed commençait à indiquer qu’elle allait débuter son programme d’achat d’obligations. Cette diminution de la valeur de la devise a aidé l’économie américaine en facilitant les exportations et en élevant les profits des exportateurs.

En somme, l’effet net du programme de la Fed ne semble pas très marquant jusqu’ici, même s’il a tout de même contribué à faire baisser le dollar américain et à améliorer la confiance, deux facteurs importants pour la reprise économique américaine. Le bilan final sur l’activité économique et sur l’inflation devra attendre jusqu’à ce qu’on sache ce que les banques vont faire ultimement avec ces excès de liquidités ou que la Fed revende ces obligations et fasse disparaître cet argent en surplus.