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Le marché boursier américain s’est réveillé brutalement aujourd’hui, avec une baisse de 4.5%. Le drame politique entourant la limite de la dette à Washington avait caché pendant deux semaines deux autres développements inquiétants.

D’abord, les indicateurs de croissance économique publiés récemment démontrent que le ralentissement, qui a commencé en janvier 2011, se poursuit. Deuxièmement, la crise de la dette nationale en Europe commence à affecter les taux de financement de nations comme l’Espagne, l’Italie et même la France, ce qui contamine les banques de ces pays car elles sont de grandes détentrices des obligations de ces états. Les accords sur l’aide à la Grèce des gouvernements européens en juillet n’ont pas réussi à calmer la nervosité.

Ajouté au ralentissement économique et à la volonté des ménages et des investisseurs de réduire les dettes, on se retrouve donc avec une nouvelle crise de confiance, qui risque de se propager avec une importante recherche de liquidités pour réparer les bilans. Les banques européennes hésitent maintenant à se prêter de l’argent entre elles et les investisseurs recherchent des valeurs refuges, comme les devises fortes. Tout cela a forcé plusieurs banques centrales à intervenir de façon exceptionnelle ces derniers jours.

Cette semaine, le Japon et la Suisse, deux économies qui sont vues comme des valeurs refuges, ont annoncé de nouveaux programmes d’expansion de liquidités (essentiellement une activation de la planche à billets) et d’intervention dans le marché des devises pour freiner l’appréciation de leur monnaie et protéger leurs exportations.

La banque centrale européenne (ECB) a de son côté aussi annoncé ce matin, malgré le maintien de son taux directeur, une nouvelle provision illimitée exceptionnelle de liquidités aux banques qui ont de la difficulté à se financer, ce qui a provoqué une légère baisse des taux d’intérêt à 6 mois. Cependant, si cette nouvelle crise de liquidités et de dettes nationales s’accélèrent, la ECB devra réduire à nouveau son taux directeur et recommencer ses achats d’obligations du trésor de certains pays membres de l’euro. Elle deviendra essentiellement le prêteur de dernier ressort pour les nations européennes, ce qu’elle fera clairement à reculons.

La recherche de valeurs refuges affecte aussi les taux d’intérêt américains.  La Bank of New York, une banque pour investisseurs institutionnels, vient d’annoncer qu’elle va exiger des frais sur les comptes liquides de plus de 50 millions de dollars, ce qui a contribué à rendre négatif ce matin le taux d’intérêt sur les bons du trésor à un mois! C’est dire l’intensité actuelle de l’aversion au risque et de la recherche de liquidités.

Qu’arrivera-t-il au prix de l’or et aux devises comme les dollars australien et canadien, qui ont bénéficié de la croissance des pays émergents et de l’assouplissement monétaire aux États-Unis? Regardons le mouvement de certaines devises contre le dollar américain depuis 2009:

 

Ces mouvements de devises révèlent un paradoxe intéressant: les monnaies de l’Australie (AUD), du Brésil (BRL) et du Canada (CAD) se sont beaucoup appréciées contre le dollar américain, ce qui reflète la demande pour les produits de ces pays provenant de la Chine, ainsi que l’assouplissement monétaire américain. Les hausses de ces monnaies sont le résultat de perspectives haussières sur les taux d’intérêt dans ces pays afin de combattre l’inflation.

En même temps, le franc suisse (CHF) et le yen japonais (JPY) se sont aussi appréciés, en raison de l’incertitude financière dans la zone euro et aux États-Unis, ce qui reflète, de leur côté, une perspective déflationniste.  Si le ralentissement économique se poursuit et que la recherche de valeurs refuges s’accélère, il est probable que cette dichotomie entre les forces inflationnistes et déflationnistes disparaisse et que les dollars australien et canadien soient emportés finalement par les forces déflationnistes et perdent de leur valeur. Même le prix de l’or pourrait s’effondrer car dans ce contexte déflationniste, il n’y a que l’argent comptant qui soit vraiment une valeur refuge.

Les banques centrales ont recommencé à s’activer cette semaine d’une façon qui nous rappelle leurs actions de 2008. Elles impriment de l’argent afin d’assouvir la grande demande de liquidités des banques et des investisseurs et afin d’éviter que les crises de dettes nationales et bancaires se propagent à l’économie réelle. Compte tenu du retour en force des valeurs refuges – argent comptant, bons du trésor, devises tels le yen et le franc suisse- il est probable qu’elles ne font que débuter leur travail.