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L’idéal politique est de rendre possible ce qui est nécessaire… Cet idéal est-il en perte de vitesse, à moins que le monde soit devenu plus difficile à gérer? Le manque de leadership est criant partout, que ce soit en Europe, aux États-Unis et même en Chine.

Commençons par l’Europe : La dette publique de la zone euro est inférieure à celle des États-Unis, mais la multitude de souverainetés aggrave la crise de dette souveraine et bancaire, d’abord en Grèce puis dans les autres pays endettés. Des solutions proposées aideraient à résoudre ces problèmes urgents, mais exigent un grand saut vers l’unification de l’Europe : recapitalisation des banques et supervision du système financier à l’échelle européenne et non plus nationale; union fiscale (du moins partielle comme au Canada), et création d’obligations européennes qui financeraient une partie des dettes nationales. Ces solutions s’inscrivent dans la suite logique et nécessaire d’une union monétaire.

Les chances d’implanter ces mesures sont à ce jour quasi nulles, à cause de la dynamique politique dans plusieurs pays, dont la Finlande, les Pays-Bas et surtout l’Allemagne. La Finlande demande même que la Grèce fournisse du collatéral, et que ce collatéral soit déposé au Luxembourg, pour qu’elle participe au fonds de soutien convenu par l’ensemble de l’Europe au mois de juillet. On voit que la confiance règne! Le moins que l’on puisse dire c’est que l’intérêt national à court terme reste supérieur à l’intérêt européen, et un transfert nécessaire de souveraineté au profit d’une fédération européenne ne se produira pas sans que l’Europe soit au bord du gouffre économique.

Les États-Unis pour leur part ont deux problèmes : d’une part, une croissance faible et un chômage élevé, et d’autre part, une dette incontrôlable à long terme. Pour stimuler la croissance, il faudrait des projets d’infrastructure, des investissements dans l’éducation et la recherche, des mesures pour la création d’emplois et des programmes d’allègement d’hypothèque. À long terme, il faudrait réduire les engagements sociaux insoutenables de l’État. Le discours le 8 septembre du président Obama sur la création d’emplois sera important pour l’économe à court terme, mais les républicains, sous l’influence du Tea Party, n’acceptent que la réduction des dépenses, au détriment de l’économie.

Bref, autant en Europe qu’aux États-Unis, les gouvernements sont paralysés devant cette crise économique très inhabituelle au point de causer une perte de confiance et de mettre l’économie en péril.

Devant l’incapacité de ces gouvernements à agir, les banques centrales européenne et américaine (ECB et Fed) ont dû intervenir pour stabiliser la situation, en achetant des bons du trésor aux États-Unis, en Espagne, en Italie, etc. Cependant, du propre aveu de ces banques centrales, ces interventions n’aideront pas à repartir l’économie de façon importante car la situation actuelle présente des défis structurels que seul un gouvernement peut régler.

En Chine, leader mondial de l’économie, on a depuis longtemps misé sur une croissance basée sur les exportations et les investissements publics dans les infrastructures et l’immobilier. Or, cette situation n’est pas soutenable, et pour plusieurs raisons. D’abord, comme la croissance en Occident restera faible, les exportations chinoises ne croîtront pas assez vite. De plus, les investissements en Chine sont trop élevés, représentant 50 % du P.I.B., par rapport à 35 % dans les pays émergents.

Le graphique ci-dessous montre la contribution de l’investissement, de la consommation et des exportations nettes au P.I.B.

On y voit que l’investissement reste la source de croissance principale et que la contribution de la consommation a même baissé depuis 10 ans. J’ai déjà écrit ici sur les déséquilibres insoutenables de la croissance chinoise et de la nécessité de miser davantage sur la consommation.

Il faut donc stimuler la consommation pour permettre à la Chine de croître à long terme. Or, cette consommation est limitée par l’absence de filet social – les dépenses sociales du gouvernement socialiste reste très faible à 3.5% du PIB – qui inciterait la population à épargner moins pour consommer plus. En outre, le secteur financier chinois aurait besoin d’être libéralisé pour permettre aux citoyens de gagner un intérêt respectable sur leurs épargnes et allouer les ressources de façon plus efficace. Le système financier est depuis longtemps utilisé par Beijing comme une source de financement à bas prix pour les objectifs de croissance économique élevé qui privilégie les investissements.

Le gouvernement de la Chine, conscient de ces enjeux, s’est engagé à augmenter la part de la consommation dans l’économie. Mais changer la structure économique ne sera pas facile : d’une part, il est plus facile pour le gouvernement de contrôler le niveau d’investissement public que celui de la consommation; d’autre part, d’importants groupes d’intérêts – dont les exportateurs, qui verront leurs bénéfices baisser, et l’appareil de l’état, qui contrôle les sources de financement – s’opposeront à ces changements.

Partout, en Europe, aux États-Unis et en Chine, les politiciens doivent prendre des décisions cruciales pour permettre à leur économie nationale de prospérer pour la prochaine génération. Les gouvernements oseront-ils opter pour des politiques difficiles malgré l’opposition d’une bonne partie de leur population? L’art du possible, tout comme celui du nécessaire, est vraiment difficile ces temps-ci…

(Une version abrégée de ce texte a été publiée dans le journal La Presse d’aujourd’hui)