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Le choix de Paul Ryan comme candidat républicain à la vice-présidence est intéressant à plusieurs égards. D’abord, il indique que les républicains veulent placer le débat sur la politique fiscale au centre de la campagne électorale, car Paul Ryan est fortement associé à son plan fiscal de 2011, qui prévoyait des réductions du déficit américain en limitant les dépenses à 19% du PIB – présentement autour de 24% -, ce qui implique des coupures dramatiques dans tous les programmes. Il fait aussi plaisir à la base conservatrice qui refuse toute augmentation d’impôts.

Le plan Ryan a l’avantage d’être précis (chose rare en politique) mais avait été critiqué comme étant irréaliste. Martin Wolf du Financial Times décortique son plan ici et conclut:

“The Ryan plan is a “reductio ad absurdum” – a disproof by taking a proposition to a logical conclusion. It would turn the government into a miserly provider of pensions and health insurance.“

Ce plan fiscal est donc irréaliste et ne sera pas appliqué. Dans l’éventualité d’une victoire républicaine, que se passera-t-il donc? Il faudra inévitablement faire des compromis du côté des revenus du gouvernement et accepter des hausses d’impôts. Et de ce point de vue, la nomination de Ryan comme candidat à la vice-présidence est intéressante. N’est-il pas le mieux placé pour faire accepter des hausses d’impôts à la base conservatrice?

Les républicains auront en Paul Ryan un conservateur fiscal d’une grande crédibilité, articulé et qui a l’appui du Tea Party. Quelqu’un qui connait bien les joueurs de la Chambre des Représentants et qui saura faire passer la médecine nécessaire à l’équilibre budgétaire, qui inclut des hausses d’impôts. Tout comme le président Nixon avait la crédibilité requise pour amener les États-Unis à reconnaître la Chine communiste (ce qu’aucun démocrate n’aurait pu faire), Paul Ryan aura la crédibilité nécessaire pour amener la Chambre des Représentants à reconnaître la réalité et accepter des hausses d’impôts…

Du côté de la politique monétaire, Paul Ryan a aussi des convictions similaires à celles du Tea Party. Il prône une révision du mandat de la Fed qui exclurait l’emploi maximale comme objectif, pour se concentrer que sur l’inflation. Il prône aussi un arrêt du Quantitative Easing (QE), qui serait selon lui inflationniste et provoquerait des bulles spéculatives. D’ailleurs, Mitt Romney et Paul Ryan ont déjà dit qu’ils ne renouvelleraient pas le mandat de Ben Bernanke à la Fed lorsqu’il viendra à échéance en janvier 2014. Vous pouvez écouter Paul Ryan au sujet de la Fed Paul Ryan on the Fed.

Ryan évoque même la possibilité de fixer la valeur du dollar américain par rapport au prix d’un panier de matières premières – un régime qui serait semblable à l’étalon-or-, ce qui donnerait par ricochet le pouvoir aux consommateurs de matières premières (la Chine), ainsi qu’aux producteurs, le pouvoir d’influencer la valeur du dollar américain! Clairement, M. Ryan n’a pas soumis à l’analyse les conséquences de ses choix.

Les positions de Paul Ryan sur la politique monétaire le place carrément dans le camp très hawkish et mènerait à un peu plus de déflation, un marché boursier moins soutenu et un dollar américain plus fort. Ce n’est pas vraiment ce dont l’économie américaine a besoin en ce moment.