Comme le décrit très bien Gavyn Davies du FT dans son dernier blogue, pendant les années 1930, les dévaluations compétitives – en commençant par la dévaluation de la livre anglaise en 1931, n’ont pas provoqué la Dépression. Il faut regarder plutôt du côté du protectionnisme, et dans certains cas une politique de devise forte, pour comprendre le cercle vicieux des années 1930.

Une politique monétaire souple, qui mène à des dévaluations compétitives, et le protectionnisme sont deux outils distincts utilisés pour promouvoir l’économie nationale. La guerre de devises est un jeu a somme nulle en ce qui a trait à la valeur des devises – car on revient toujours au point de départ – mais a comme conséquence importante d’injecter des liquidités dans le système économique, une politique justifiée en situation de demande déficiente et de désendettement. Par contre le protectionnisme nuit directement a la croissance économique mondiale en réduisant la tarte économique.

Ce qui nous amène à l’Europe d’aujourd’hui. Malgré les difficultés économiques et le désendettement inévitable, la Banque centrale européenne semble avoir moins de tolérance face à une montée improbable de l’inflation, ainsi qu’une crainte -tout à fait légitime- de financer des gouvernements nationaux indisciplinés. Sa politique monétaire sera donc moins expansionniste qu’au Japon ou aux Etats-Unis. Pour cette raison, l’euro risque de demeurer une devise forte, ce qui nuira beaucoup aux exportations et à la croissance économique.

On entend déjà des voix en Europe critiquant les dévaluations competitives aux USA et au Japon. Il ne faudrait pas que le refus d’assouplir sa politique monétaire de façon similaire, entraîne l’Europe vers le protectionnisme afin de protéger ses parts de marché.

L’expérience des années 1930 montre qu’une dévaluation et une politique monétaire souple, en situation de déficience de la demande, est une bien meilleure solution que le protectionnisme.

L’effet du protectionnisme pendant les années 1930 a été de réduire la croissance économique et d’augmenter le chômage et les forces déflationnistes. Aujourd’hui, la guerre de devise a l’effet opposé, en augmentant les liquidités et la croissance économique, mais aussi le prix des actifs et des biens, ce qui comporte bien sûr son lot de risques à long terme.

Évidemment, cette conclusion s’applique à l’Europe mais non pas aux pays à forte croissance économique comme la Chine. Ces derniers devront au contraire continuer de réévaluer leur devise afin d’éviter une inflation trop forte et des bulles immobilières causées par un surplus de liquidités, tout en possiblement avoir recours à des contrôles de capitaux ciblés afin de limiter les entrées spéculatives.

En somme, les pays en difficulté – les pays du G-7 – ont avantage à avoir une devise faible tandis que les pays à forte croissance des pays émergents ont intérêt à avoir une devise forte. Les premiers peuvent profiter de la guerre de devises, une solution bien meilleure que le protectionnisme, mais les seconds doivent accepter la réalité et réévaluer leur devise.